Sage, Noble, bon, je voulais que rien de ce que je voyais, de ce que je vivais ou de ce que j’entendais ne me contamine. J’ai découvert que j’avais déjà été conditionné et quelque soit ma force de caractère, j’étais enchaîné à cette conscience terrestre. Celle pour qui le jugement aboutit rarement au pardon, la souffrance rarement à la délivrance, celle que le pouvoir corrompt, que l’amour affaiblit. J’ai tenté de m’y soustraire, j’ai compris que c’était peines perdues… alors Je me suis rebellé !
J’ai grandi aux côtés de personnes honorables,
J’ai énormément appris à leur côté.
Elles m’ont révélé les vérités et les valeurs qu’elles aiment,
Elles m’ont appris à être honorable à leurs yeux.
Quand j’ai commencé à voir,
Elles m’ont appris les couleurs :
La pureté du blanc, l’horreur du rouge,
La sagesse du bleu, la froideur du gris,
La bonté du vert et la cruauté du noir.
Quand j’ai commencé à parler,
Elles m’ont appris ce que les mots inspirent :
La politesse du bonjour, le mépris de l’impolitesse,
La gratitude du merci, l’étroitesse de l’ingratitude,
La gentillesse du compliment et la méchanceté de l’insulte.
Quand j’ai commencé à écouter,
Elles m’ont appris à comprendre :
La joie du rire, le cynisme de la moquerie,
La noblesse du silence et également son arrogance,
Le respect du conseil et le danger des plaintes.
Quand j’ai commencé à marcher,
Elles m’ont appris ce que les actes expriment :
La douleur du poing, la douceur des caresses,
La bonté de l’aide, la blessure de l’exclusion,
L’amabilité du don et l’indélicatesse du refus.
Maintenant fort de ces précieux enseignements,
Je sais juger !
Je sais reconnaître le médiocre, mon regard le menace,
Mes paroles le condamnent et mes actes l’exécutent !
Je sais apprécier le modèle, mon regard l’invite,
Mes paroles le louent et mes actes le glorifient !
J’ai vécu aux côtés de gens qui comme moi savent condamner,
J’ai énormément perdu à leur côté.
Ils ont absorbé ma liberté,
Ils m’ont ôté toute volonté.
Quand j’ai connu l’excellence,
Ils m’ont appris le privilège d’être admirer :
La chaleur des accolades, la confiance de mes pas,
L’abondance des égards, le sourire sur mon visage,
Le plaisir des compliments, l’amour de soi.
Quand j’ai connu l’échec,
Ils m’ont appris la crainte :
La sentence de leur jugement, le doute dans mes actes,
Les plaies de leur exécution, la soumission sur mon visage,
Le fardeau de leur regard, le dégoût de soi.
Quand j’ai connu le bonheur,
Ils en étaient maîtres :
Les paroles qui affaiblissent, l’inconscient qui les assimile,
Les humeurs qui agissent, la mienne qui vacille,
Le bonheur qu’ils conçoivent, le mien qu’ils déprécient.
Quand j’ai connu le malheur,
Ils en étaient supporters :
La faiblesse de leur amour, l’apparente solitude,
La tristesse de leur encouragement, le piège du désespoir,
La fuite de leur regard, la victoire du mal.
Maintenant contaminé par ces tragiques expériences,
Non pas par leurs fautes mais par manque d’éveil,
Maintenant empoisonné par la peur d’être condamné,
Non pas par leurs fautes mais par manque de conscience,
Je vis enchaîné à leur jugement.
Orphée, les douleurs de l’enfantement.