Le rebelle

« Ne faites pas taire le jugement mais n’ayez pas peur de la condamnation »
Orphée, les douleurs de l’enfantement.

« La peur d’être condamner par mon jugement et par celui des autres me dérobe mon libre arbitre et me fait douter dans mes choix »
Orphée, les douleurs de l’enfantement.

Enchaîné par ma condition,
Opprimé et allergique à l’oppression,
J’ai commencé par l’adopter,
Réduisant à néant ce qu’autrefois j’étais.

Autrefois si claire, ma vue s’est affaiblie
Et les couleurs si vraies se sont assombries.
Autrefois si juste, ma langue s’est trahie
Et mes paroles si aimables se sont rebellées.

Alors :
Convaincu que tout était gris,
J’ai défendu la blancheur du noir et la noirceur du blanc.
Etouffé par les condescendants et les regards exigeants,
J’ai plaidé la légitimité de l’ingratitude
Et à mes remerciements ont succédé mon insolence.

Autrefois si attentifs, mes oreilles se sont embrouillés
Et le silence si apaisant, s’est alourdi.
Autrefois si sereins, mes pas se sont affolés
Et mes actes si soignés, se sont dégradés.

Alors :
Certain de l’utopie de la bonté,
J’ai méjugé les hommes et négligé leurs conseils.
Contre les modèles érigés par la morale,
J’ai failli et j’ai maudit les remords,
Et à mes excuses ont succédé mon arrogance.

Impuissant, certain de la fatalité de ma condition,
Et à la merci d’une colère grandissante,
J’ai commencé par l’entretenir,
Tournant le dos aux rêves qui étaient miens.

Au dessus des rêves qui guidaient mes pas vers l’idéal,
J’ai déposé mes plaintes et prêché l’égoïsme.
Au dessus des rêves qui s’accordaient aux modèles,
J’ai déposé ma colère et crié « insoumission ».

Alors :
Isolé, convaincu de la sournoiserie des hommes,
J’ai retiré ma confiance et joué la méfiance.
Egaré, esseulé et effrayé par les intentions malveillantes,
J’ai caché mes envies et dissimulé mes souhaits.
Et à l’idéale sincérité a succédé la pesante hypocrisie.

Au dessus des rêves qui motivaient ma joie,
J’ai déposé mes inquiétudes et accepté le chagrin.
Au dessus des rêves qui déchainaient mes passions,
J’ai déposé mon désespoir et toléré les compromis.

Alors :
Perdu, ignorant les joies autrefois rêvées,
J’ai désiré l’éphémère et goûté aux vices.
Désespéré, hostile à la renonciation,
J’ai repoussé la vérité et réfuté les faits
Et à l’idéal pragmatique a succédé le dangereux rêveur.

Oui !
Je me suis emporté et je l’ai adopté.
Je me suis entêté et je l’ai entretenu.
Maintenant je le connais.
Il est rebelle mais il n’est pas incontrôlable !

Orphée, les douleurs de l’enfantement.